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L’Eglise, que veut le Pape François

jeudi 29 août 2013, par Alain OLIVRY

Une Eglise collégiale
Une Eglise ouverte à chacun
Une Eglise pauvre et servante
Une Eglise à contre-courant

D’après un article de La Croix, condensé par l’abbé Louis Durand, vicaire à Souillac.

L’EGLISE QUE VEUT LE PAPE FRANÇOIS

A son arrivée sur le sol brésilien, le 22 juillet, François prend soin de saluer les évêques des « Églises particulières ». Manière de signifier qu’il est là comme un évêque (de Rome) invité dans les dio¬cèses d’autres évêques, et non comme le chef de l’Église universelle rendant visite à ses « sujets ». De même, lorsque, samedi 27 ou dimanche 28 juillet, il s’adresse à ses « frères » évêques, du Brésil ou de l’ensemble de l’Amérique latine, c’est moins sous la forme d’un discours ex cathedra que de manière plus informelle, comme une invitation au dialogue, en lançant une série de questions et de propositions et, selon les témoignages des évêques présents, en écoutant assez lon¬guement ses interlocuteurs en retour.

Une Eglise collégiale
Une Eglise ouverte à chacun
Une Eglise pauvre et servante
Une Eglise à contre-courant

L’EGLISE QUE VEUT LE PAPE FRANÇOIS ( suite)
1/ COLLEGIALITE
a)-Le pape prend place en premier dans un collège épiscopal, à qui revient collégialement la charge du gouvernement de l’Église. Il ne décide pas tout seul de manière arbitraire ou monarchique : le pape souhaite clairement que cette collégialité se manifeste au niveau des conférences épis¬copales, nationales ou continentales ; pas de document préétabli sur lequel les évêques devraient se prononcer, mais une élaboration pro¬gressive, au fil de la discussion, « à partir de la mise en commun de la préoccupation des pasteurs ». Voilà qui annonce sans doute une révision assez sensible des synodes des évêques.
b)-Assez logiquement, le pape recommande cette même « synodalité » à tous les niveaux de l’Église : ainsi des conseils diocésains, mais aussi des conseils paroissiaux, pastoraux ou pour les affaires économiques. Il avoue même sans fard : « Je crois que nous sommes très en retard en cela. »
c)-L’organisation ecclésiale doit être au service « du peuple de Dieu dans sa totalité » : elle doit permettre une véritable communion entre tous ses membres.

2/MISE EN GARDE CONTRE DIFFERENTES TENTATIONS
qui menacent le disciple missionnaire

Le pape met en particulier en garde contre certaines idéologisations du message chrétien qui surgissent à chaque génération de catholiques, et qui sont cependant parties de préoccupations éminemment apostoliques : une génération nouvelle arrive et prend quelquefois le contre-pied de la précédente. Un jeune théologien exprime ainsi ce problème générationnel : » Aujourd’hui, nous avons la tentation de développer une pastorale de disciple et non de missionnaire, qui ignore que la ’suivance" du Christ ne se fait pas seulement dans la quiétude et douillette de l’oratoire mais aussi et surtout dans le service ardu de la dignité humaine au cœur de la cité, thème amplement développé dans Lumen fidei (n°51)… Nous sommes devenus experts en relecture, en introspection, mais comment fait-on pour rejoindre le monde du travail ? »

3/ UNE ÉGLISE OUVERTE A CHACUN

a)-le pape François plaide pour une Église plus « pastorale », sachant accueillir avant de juger : il formule ainsi une vision pastorale somme toute très ignacienne, consistant à prendre les gens en fonction des situations où ils vivent, et non à priori. Ce qu’il appelle, dans une belle formule, « la révolution de la tendresse ». À la racine de cette attitude, il y a la « miséricorde », l’un des mots les plus employé par le pape depuis son élection. L’Église n’est pas une instance de jugement et de règles : il oppose ainsi une « Église de la miséricorde » à une « église contrôleuse », et plaide pour une « Église qui facilite la foi, et non une Église qui la contrôle ».
b)- La miséricorde impose d’aller au-devant des personnes, de « ne pas avoir peur de sortir dans la nuit » de nos contemporains. Pour le pape, beaucoup de fidèles ont quitté u l’Église catholique parce qu’elle n’a pas su les rejoindre là où ils étaient. Dieu est partie : il faut savoir le découvrir pour pouvoir l’annoncer dans les idiomes de chaque culture ; et chaque réalité, chaque langue, a un rythme différent. »
c)-Au total, le pape souhaite favoriser une Église « capable d’aller au-delà de la simple écoute, une Église qui accompagne le chemin en se mettant en chemin avec les autres personnes ». Car le Dieu qui s’est révélé dans l’histoire est le Dieu « proche » de son peuple, qui « sort à la rencontre de, son peuple ». Et non une « pastorale disciplinaire qui privilégie les principes, les conduites, les procédures organisatrices.

4/UNE ÉGLISE PAUVRE ET SERVANTE

Ah comme je voudrais une Église pauvre et pour les pauvres ! »
L’Église pauvre que François appelle de ses vœux ne doit pas se résumer à une ONG, mais doit être « capable de réchauffer les cœurs ». Certes, l’éducation, la santé, et la paix sociale sont « les urgences brésiliennes », a souligné le pape François, et sur ce sujet, l’Église doit faire entendre sa voix. Mais « pour répondre convenablement à ces défis, les solutions techniques ne suffisent pas, il faut avoir une vision sous-jacente de l’homme, de sa liberté, de sa valeur »….. Le pape montre par là qu’il « ne veut pas que l’Église soit une institution qui travaille pour son propre compte, mais qui soit vraiment au service de Dieu et de l’annonce de l’Évangile ».
Pour Elena Lasida, de l’Institut catholique de Paris, chargée de mission à justice et Paix et uruguayenne, « l’idée d’une Église pauvre va bien au-delà de la simplicité matérielle ». Elle y voit une invitation à entrer « dans une relation de conversation, de compagnie avec l’autre », soulignant que face à la pauvreté, « l’Église ne peut pas apporter de solutions toutes faites ».

5/ UNE EGLISE A CONTRE-COURANT
« Je vous demande d’être révolutionnaires, d’aller à contre-courant ; oui, en cela je vous demande de vous révolter contre cette culture du provisoire, qui, au fond, croit que vous n’êtes pas en mesure d’assumer vos responsa¬bilités, que vous n’êtes pas capables d’aimer vraiment », a lancé le pape François le 28 juillet aux volontaires des JMJ de Rio.
Pour le philosophe Guy Coq : Le pape appelle à transformer le monde, à le transformer radicalement. On le voit bien quand il dénonce l’omnipotence de la finance. Le prophète est celui qui veut arracher les hommes à la pente collective désastreuse dans laquelle ils sont entraînés. En ce sens, le pape François a une parole ’prophétique" qui donne sens à l’engagement concret, éthique. Il ne considère pas la rupture comme un but en soi, Il croit, avec une forme d’imprudence, à la capacité d’imaginer un autre monde possible. Il retient la quintessence de ce que portait la théologie de la libération, à savoir que le chrétien trouve dans l’Évangile les leviers pour transformer le monde. Ce pape, dont le discours n’est pas moralisateur, et qui ne s’enferme pas dans des positions idéologiques ou des schémas préétablis, est un pape de l’espérance. »


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